dimanche 13 septembre 2026

Poésie 2005 - 2010

 

Là-bas


Là-bas à Rabat j’ai un cœur qui bat

J’ai des lèvres qui, comme des lièvres,

Courent après celle qui, sans ailes,

Vole à travers ciel

Où l’on peut voir, matin et soir,

Des étoiles portant le voile

Dont la Lune fait la Une

De son journal!

La Lune, cette belle brune,

Ecrit, et crie, qu’elle aime

Celle que j’aime

Et que je ne connais pas.

Que m’importe ! Je fais en sorte

Qu’elle soit là-bas à Rabat.

Je l’aime. Je l’aime.

Je l’aime dans son voile.

Je l’aime chair et poil.

Et je l’attends tout le temps

Comme les gens des dunes

Attendent la lune.

Oui, je l’attends. Oui, je t’attends!

Et c’est de moi que tu te caches, chérie?

Moi qui, si je ris,

Je ne ris que pour toi?

Moi qui, si je chante,

Je ne chante que pour toi!

Et toi, qui me hantes,

Tu te caches de moi?


Je t’aime


A toi qui n’as pas d’amant

A toi qui rêves du Prince Charmant

Que tu cherches et ne trouves nulle part

A toi je dis :

Je t’aime !

Je t’aime car, tu sais,

Toi aussi t’as a nice face

Même si l’on ne le voit pas sur MySpace

Toi aussi t’as un nouveau look

Même si l’on ne le voit pas sur Facebook

Toi aussi t’es une femme

Que les hommes devraient voir

Je t’aime car, tu sais,

Toi aussi t’as de belles robes

Seulement t’es pas terriblement snob

Toi aussi t’as une magnifique chevelure

Seulement les hommes ne sont pas si mûrs

Toi aussi t’as un très joli sac

Seulement les filles qui ont le trac

Aimeraient tout ce qui craque

Mais, t’en fais pas, car, tu sais,

Je t’aime !

Je t’aime quand tu te lèves le matin

Ou à l’aube

Je t’aime quand tu peignes tes cheveux

Je t’aime quand tu choisies ta robe

Qu’elle soit de lin ou de satin

Puisque c’est toi qui la veux

Je t’aime quand tu mets ton foulard

Je t’aime quand tu fais ta prière

Je t’aime quand tu dis au revoir

A ta mère et à ton père

Je t’aime quand tu descends l’escalier

Je t’aime quand tu marches comme un écolier

Je t’aime quand tu évites les regards

Des hommes aux yeux de renard

Je t’aime quand tu souris

Chaque fois que tu vois

Une fleur fleurie

Ou un joli chat sur un toit

Je t’aime quand tu fais ce que tu fais

Au bureau, à l’école ou à la mosquée

Et quand tu reviens le soir

Et que tu éteins la lumière

Et que tu ne vois plus que le noir

Je te rappelle que la lumière

Est dans ton cœur

Une fleur comme toi ne meure jamais

Une fleur comme toi doit être aimée

Et moi, je t’aime

Même si je ne te vois pas

Je t’aime même si un jour

Un autre homme que moi

Viendra t’offrir plein d’amour

Et tu te foutras de moi !


Je l’aime


On me parle de compléments alimentaires

Et de drogues pour calmer mes nerfs.

On me dit : « Joue aux cartes ou regarde la télé,

Et laisse ta bien-aimée telle qu’elle est.

Elle ne viendra pas si tu lui dis des poèmes :

Les femmes s’en foutent de ceux qui les aiment.

Regarde comme elle fait la vaisselle

Alors que toi tu te brûles la cervelle.

Regarde comme elle fait la cuisine

Alors que ta vie –toi– est en ruine.

Et si elle sait que tu penses encore à elle,

Eh ben, elle récidive, et elle fera la lessive

Pendant que tu penses à elle !

Oublie-la et pense à ta santé.

Le monde est beau et plein de bonté.

La femme n’est faite que pour la table et le lit :

Ne lui offre jamais ni jasmin ni lys.

Dis-lui des mensonges si tu en as :

La vérité n’est pas faite pour les nanas !

Fais ça et elle viendra vers toi,

Tu verras, elle changera ton chagrin en joie ! »

Je leur dis que le soleil quand il se lève

A Marseille ou à Genève,

Il ne pense ni à moi ni à ma bien-aimée.

Je leur dis que, qu’elle dise non ou qu’elle dise oui,

La lune viendra toujours éclairer la nuit.

Je leur dis que, qu’elle pense à moi ou qu’elle m’oublie,

La terre donnera toujours des jasmins et des lys.

Je leur dis que elle aussi a un cœur qui bat

Et que elle aussi n’aime pas le célibat,

Mais peut-être qu’elle n’aimerait pas mentir

Ou m’aimer juste pour me faire plaisir.

Je leur dis que si je lui dis des poèmes

Eh ben c’est parce que je l’aime :

Je l’aime dans son orgueil

Comme une pomme entre les feuilles…

A la cime de l’arbre.


Des mots


J’aurais aimé,

Ma chérie bien-aimée,

Te faire construire

Un Taj Mahal

J’aurais aimé,

Ma chérie bien-aimée,

T’offrir des jardins Agdal

Ou un Buckingham Palace

Ou encore une tente dans les étoiles

Ou un château à Dallas

Mais, tu sais,

Ma chérie bien-aimée,

Je n’ai ni or ni argent

Je n’ai que ce Français

Qui vole mes pensées

A l’oubli

Et en fait des vers

Bien jolis

Oui, chérie,

Je n’ai ni or ni argent

Je n’ai que des mots,

Des mots qu’aucun argent

Ne peut acheter!

Des mots que seule toi

Peut entendre de moi,

Des mots qui feront de toi

Une reine gâtée.

Toute la France entrerait en danse

-Et même en transe!-

Si jamais je disais ces mots

A toi, à haute voix!

Des mots qui valent de l’or

Et même plus!

Des mots que je te dirai encore et encore

Ne fût-ce

Que pour ces années éphémères!

Des mots tout ronds

Qui te rappèleront

I’Odyssée de l’Amour

Depuis toujours

Je te parlerai de ces rois

Qui ont subitement tout quitté

Dans leurs châteaux

Pour aller vivre dans les prairies

Avec leurs amours chéris.

Je te parlerai d’Alexandre et Roxane

Je te parlerai d’Abla et Antar,

De ces paysans et paysannes

Dont l’amour était art,

Et que les jeunes du désert

Chantent à la flûte sur la route

Des caravanes!

Je te parlerai de tes bijoux

Je te parlerai de tes cheveux

Je te parlerai de ton parfum préféré

Je te parlerai de ton peigne

Et de ton chapelet

Je te parlerai de tout

Ce qui te plaît

Je te parlerai de ton sac à main

Et de ton prie-Dieu.

Je te parlerai des lueurs de bonheur

Dans tes yeux

Je te parlerai de ton sourire

Je te parlerai de ton soupir

Je te parlerai de ton enfance

Que je ne connais pas

Je te parlerai de tes rêves

Que tu n’oublies pas.

Je te parlerai de tes larmes

Que je ne vois pas

Je te parlerai de tes mains

Qui ne me touchent pas

Je te parlerai du bébé

Dont tu rêves encore et encore.

Je ferai parler de toi

Tous les chanteurs

Et tous les rois

Je rendrai toutes les femmes

Jalouses de toi!

Je te dirai des mots encore et encore

Avant de te dire:

Maintenant, chérie,

Dors, je t’aime!


Reviens, je t’attends !


Une main tendue, un cœur fendu

Il ne reste plus

Que je sois pendu

Pour que tu sois heureuse !

Tu jettes mes fleurs

Tu veux que je pleure

Tu dis que je ne t’ai pas plu.

Menteuse !

Je sais que chez toi

Rien n’est plus en vogue

Que mon skyblog

Que tu vois malgré toi !

Jure-le, si c’est pas vrai !

Dis que tu le fais de plein gré !

Non, je ne suis pas fou :

Ton amie me dit tout !

Tu ne peux rien cacher.

N’empêche que tu restes fâchée,

Fâchée malgré toi !

Je sais que tu penses à moi

Quand tu épluches les légumes

Je sais que tu penses à moi

Quand tu vois quelque chose

Comme mon costume.

Je sais que tu penses à moi

Quand tu entends mon nom

Je sais que tu penses à moi

Même si tu jures que non !

Je sais que tu es plus tendre que la laine

Je sais que tu ne fais que feindre la haine

Je sais que tu veux revenir

Je sais que tu veux devenir

La seule femme au monde pour moi.

Je sais que tu sais

Que je n’aime que toi !


Méfiance


La poule et les poussins,

Le renard et le lapin,

La baleine et le requin

Tous sont témoins

Que je ne te veux que du bien.

La colombe et l’hirondelle,

Le lion et la gazelle,

La Tour Hassan et la Tour Eiffel–

Tous sont témoins

Que je ne te veux que du bien.

Mon ordinateur et ma plume,

Mes rasoirs et mes costumes,

Ma joie et mon amertume–

Tous sont témoins

Que je ne te veux que du bien.

La panthère et la vipère,

La bruine et le tonnerre,

La paix et la guerre–

Tous sont témoins

Que je ne te veux que du bien.

Mais toi t’as ta propre loi :

Pour toi je n’ai ni âme ni foi,

Je ne suis qu’un morceau de bois.

Pourtant, tous sont témoins

Que je ne te veux que du bien.

Tu m’insultes dans tes messages,

Tu y étales toute ta rage,

Puis tu pleures comme un enfant au bas âge,

Car toi-même tu m’es témoin

Que je ne te veux que du bien.

Tu ne sais quoi faire de ton cœur.

Il m’aime, mais tu préfères qu’il meure !

Et tout ça parce que tu as peur,

Tu as peur d’un homme écrivain

Qui ne te veut que du bien.

Oh, ma chérie !

Oh, combien je t’aime !


Folie


C’est parce que je suis fou que je t’ai perdue.

C’est parce que je suis fou que je t’ai aimée.

C’est parce que je suis fou que je pense à toi.

C’est parce que je suis fou que je ne t’oublie pas.

Quand je vois une femme sortir d’un hammam,

Je pense à toi.

Quand je vois un mannequin devant un magasin,

Je pense à toi.

Quand je vois une carte postale de femmes en voile,

Je pense à toi.

Quand je vois du couscous, je pense à toi.

Quand je vois une théière ou même une cuillère,

Je pense à toi.

Quand le soir j’éteins la lumière,

Je pense à toi.

Quand je me réveille au milieu de mon sommeil,

Je pense à toi.

Et si je pense à toi c’est parce que je suis fou de toi.

Je suis fou de ton sourire qui me manque.

Je suis fou de ton parfum qui me manque.

Je ne te demanderai donc ni dommages ni intérêts.

Je ne te demanderai pas

De me rendre mes années sans toi.

Je ne te demanderai pas

De me ramener à la raison.

Je ne te demanderai pas

De venir à ma maison.

Je ne te demanderai rien du tout,

Car tu ne me donneras rien du tout :

Tu ne donneras rien à un fou !


Les courses d’un amoureux généreux


Pour toi, je suis allé par deux fois

Chez la couturière :

Mais - hélas ! - elle n’avait de robes ni de jupes que pour les dupes–

Pas pour une belle femme comme toi !

Le parfumeur, non plus, n’avait de parfums que du superflu–

Rien d’original, rien qui soit digne de toi !

Le joaillier, lui, avait tout, vraiment tout- sauf de beaux bijoux

Que j’aimerais voir sur ton cou ou sur tes doigts.

Le cordonnier, encore pire ! Ses chaussures auraient pu détruire

Tes beaux pieds qui sont plus souples que la soie !

Que dire du menuisier ! Il avait tant de trucs plus beaux qu’un rosier–

Mais moi je voulais pour toi ...

Un lit qui soit du plus beau bois.

Hélas ! Le menuisier n’avait pas ce lit-là !

Tu penses que j’allais te trouver une belle rose

Chez le vendeur de roses…

Mais non, chérie ! Le vendeur de roses avait des roses

Pour toutes les femmes du monde – sauf pour toi !

Quant au marchand de fruits, quand je me suis présenté à lui,

Il m’a dit, l’air étourdi : « Je suis désolé ;

Mais tous nos fruits ont été congelés.

Va à la campagne chercher des fruits frais pour ta compagne ! »

Tu penses que j’y suis allé !

Non, mais c’était le tour du pâtissier :

Oh comme il était bon ce pâtissier !

Oh comme il savait parler de ses gâteaux ;

Mais ce que je voulais pour toi...

N’était nulle part dans ses plateaux !

Il me restait encore le libraire :

Je lui ai demandé alors un livre qui puisse distraire

Une princesse comme toi.

Eh ben, tout ce qu’il m’a proposé était réellement à l’opposé

De ce que je voulais pour toi !

Devine, alors, ce que j’ai fait.

J’ai oublié les contes de fées.

J’ai enfin rebroussé chemin.

Regarde mes mains :

Je ne t’ai rien acheté !

Ah si ! Tiens !

Une télécarte. Tu sais combien ?

Cinq dirhams ! Mais pour toi, ma future dame,

Ça fait rien !

Vas-y ! Téléphone à ta mamie qui est au bled.

Mais ne lui dis rien de Mohamed !

Ne lui raconte surtout pas mon histoire :

Elle dirait de moi un vrai avare !


Questions


Pour qui te rases-tu?

Me demande mon rasoir.

Je recherche la réponse dans mon miroir,

Qui me fait lire mon impuissance dans mon regard.

Je me regarde encore dans la glace

Et mes yeux me regardent bien en face

Et me disent, à ma grande surprise:

Pourquoi te fais-tu tout beau?

Ta bien-aimée t’a pris pour un sot

Oui, elle ne pense pas à toi

Me disent toutes mes choses à la fois!

Même ma douche me dit d’une voix louche:

Pour qui te laves-tu?

Je lâche alors mon rasoir.

Je détourne les yeux de mon miroir.

Je rentre dans ma chambre

Et je pense à toutes ces questions laissées dans l’ombre,

Puis, j’écris ce poème.

Et j’oublie celle que j’aime.

Je ramasse mon rasoir

Et je me rase quand même,

Car c’est dans mes poèmes

Que se cultive la gloire!


Pardonne-moi, Ô Allah !


Mon cœur est trop petit pour toi.

Mon cœur est trop sale pour être ta demeure.

Mon cœur que se partagent l’argent et la foi

Ne peut accueillir le Seigneur !

 

Mon cœur qui s’enflamme à la vue d’une femme,

Mon cœur qui a peur de la mort,

Ne peut aimer celui qui a fait mon âme,

Qui a façonné mon être et arrêté mon sort !

 

Tu es trop grand pour mon petit cœur.

Tu es trop fort pour le plus grand amour,

Toi que je n’oserai comparer à une fleur

Ou à une belle chose de tous les jours !

 

Je peux mentir à une femme ;

Je peux lui dire les plus belles rimes.

Mais c’est ce que n’oserait mon âme

Faire pour te plaire, toi, le Sublime !

 

Tu n’as pas besoin de mes vers.

Tu n’as pas besoin de mes larmes ou de mes soupirs.

Et si je pouvais t’aimer, toi, qui m’as tout offert,

Ce ne serait que pour ton propre plaisir !

 

Je sais que tu aimes d’autres âmes que moi.

Je sais que tu penses à d’autres cœurs que le mien.

Mais je ne saurais être jaloux pour ça :

Si tu penses à moi une seconde, ça me ferait du bien !

 

Je sais que l’on vénère d’autres dieux sous d’autres cieux,

Je sais que l’on leur apporte toutes les offrandes ;

Je sais que l’or et l’argent enivrent les yeux ;

Je sais qu’on est faibles devant la beauté du monde.

 

Mais je sais aussi que je ne pense pas à toi tout le temps–

Moi qui prétends pourtant croire que tu es le Seul Dieu !

Et je sais que j’ai péché pendant trop longtemps,

Alors que dirais-je de ceux qui vénèrent d’autres dieux !

 

Est-ce que tu me permets de te dire : Pardon ?

Est-ce que tu me permets de te dire : Je t’aime ?

Ou est-ce que ce serait un mensonge cette demande de pardon ?

Ou est-ce que tu prendrais ce poème pour un blasphème ?

 

Ô Allah, pardonne-moi !